Depuis le 19 juin 2024, les pharmaciens d’officine en France peuvent délivrer certains antibiotiques sans ordonnance, dans un cadre strictement délimité. Cette dispensation sans prescription médicale ne concerne que deux pathologies précises et repose sur la réalisation d’un test diagnostique directement au comptoir.
Test rapide en officine : le mécanisme qui conditionne la délivrance
La délivrance de médicaments sans ordonnance par un pharmacien ne fonctionne pas comme un simple achat en libre accès. Le dispositif repose sur un acte diagnostique réalisé en pharmacie, le test rapide d’orientation diagnostique (TROD).
A lire également : Nouveau variant Covid : comment adapter la vie au travail en 2026 ?
Concrètement, le pharmacien interroge le patient sur ses symptômes et ses antécédents. Si l’état du patient ne nécessite pas une consultation médicale, un test est effectué dans un espace dédié de l’officine.
Le résultat du TROD détermine la suite. Un test positif à l’angine bactérienne à streptocoque A ou confirmant une cystite aiguë simple autorise la délivrance d’un traitement antibiotique. Un test négatif ou un profil de patient à risque entraîne une réorientation vers un médecin.
Lire également : La vaccination contre la grippe saisonnière progresse dans plusieurs régions françaises
Ce protocole distingue nettement la dispensation sur protocole du libre accès classique, où le patient se sert directement en rayon sans intervention diagnostique du pharmacien.

Angine bactérienne et cystite simple : les deux seuls cas autorisés
Le périmètre de cette mesure, prévue par la loi de financement de la Sécurité sociale 2024, reste très restreint. Deux situations cliniques seulement ouvrent droit à une délivrance d’antibiotiques sans ordonnance en pharmacie.
- L’angine bactérienne à streptocoque A, confirmée par un TROD oro-pharyngé. Le pharmacien vérifie que la douleur de gorge n’est pas d’origine virale avant de proposer le traitement adapté.
- La cystite aiguë simple, identifiée par un test urinaire rapide. Ce cas concerne les femmes sans facteur de complication (grossesse, antécédents rénaux, infections récidivantes fréquentes).
- Toute autre pathologie, y compris les infections ORL courantes ou les bronchites, reste exclue du dispositif et nécessite une prescription médicale classique.
Ce caractère limité a un objectif précis. Élargir trop vite la liste des pathologies éligibles augmenterait le risque d’antibiorésistance, un problème de santé publique que le cadre actuel cherche à contenir.
Libre accès en pharmacie et dispensation sans ordonnance : deux régimes distincts
La confusion entre médicaments en libre accès et médicaments délivrés sans ordonnance sur protocole persiste. Ces deux catégories obéissent à des règles différentes.
Le libre accès concerne des spécialités que l’ANSM autorise à placer devant le comptoir. Le patient peut les prendre sans solliciter le pharmacien, même si le conseil reste recommandé. Il s’agit principalement d’antalgiques courants, de traitements contre le rhume ou de produits dermatologiques à faible risque. L’ANSM met régulièrement à jour cette liste, avec un état des lieux actualisé en 2026.
La dispensation sans ordonnance sur protocole, en revanche, implique un acte pharmaceutique complet. Le pharmacien réalise un diagnostic, choisit le traitement selon un arbre décisionnel validé et délivre une attestation au patient. Le médicament n’est jamais en libre-service.
Confondre les deux régimes revient à ignorer que « sans ordonnance » ne signifie pas « sans encadrement ». Dans le cas des antibiotiques pour angine ou cystite, le niveau d’encadrement est comparable à celui d’une consultation médicale classique, avec un test biologique en plus.
Formation du pharmacien et attestation de délivrance
Un pharmacien ne peut pas proposer ce service du jour au lendemain. Le dispositif exige une formation spécifique validée avant toute délivrance d’antibiotiques sans prescription.
Cette formation couvre la réalisation des TROD, l’interprétation des résultats, les critères d’exclusion (patients à risque, symptômes atypiques) et les protocoles de traitement associés. Elle inclut aussi la gestion des situations où le patient doit être redirigé vers un médecin.
L’attestation remise au patient
Après chaque délivrance, le pharmacien remet une attestation qui documente le test réalisé, son résultat et le traitement dispensé. Ce document sert à la traçabilité du parcours de soins. Il permet au médecin traitant d’être informé lors d’une consultation ultérieure.
Cette attestation joue aussi un rôle dans le remboursement. Sans elle, la prise en charge par l’Assurance maladie ne peut pas s’appliquer dans les conditions prévues par le dispositif.

Médicaments sans ordonnance : une tendance européenne au-delà de la France
La France n’est pas isolée dans cette évolution. Plusieurs pays européens élargissent progressivement le rôle du pharmacien dans la chaîne de soins, avec des dispositifs comparables de dispensation encadrée.
L’Allemagne a engagé en 2026 une réforme de la législation pharmaceutique (ApoVWG) qui redéfinit le périmètre d’action des officines. D’autres pays nordiques autorisent depuis plusieurs années la délivrance de traitements pour des pathologies bénignes directement en pharmacie.
Cette tendance répond à un problème commun : la difficulté d’accès à un médecin dans certaines zones, combinée à la volonté de désengorger les cabinets et les urgences pour des affections simples. Le pharmacien, professionnel de santé de proximité présent sur l’ensemble du territoire, devient un maillon supplémentaire du parcours de soins.
Le cadre français reste parmi les plus prudents d’Europe, limité à deux pathologies avec test obligatoire. Cette prudence reflète la priorité donnée à la lutte contre l’antibiorésistance, qui impose de ne pas banaliser l’accès aux antibiotiques même lorsqu’on facilite leur obtention.

