La dangerosité du Ricard pour le cœur et la tension artérielle

Le Ricard cumule deux facteurs de risque cardiovasculaire dans un même verre : l’alcool et la glycyrrhizine, un composé actif de la réglisse. Pris séparément, chacun de ces éléments fait monter la pression artérielle par des mécanismes distincts. Leur combinaison dans un pastis consommé régulièrement pose une question rarement abordée de front par les sources médicales, qui traitent tantôt l’alcool, tantôt la réglisse, sans croiser les données.

Glycyrrhizine et alcool : deux mécanismes distincts qui ciblent la même fonction

La glycyrrhizine, principe actif de la réglisse présente dans le Ricard, agit sur les glandes surrénales. Elle bloque une enzyme (la 11β-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2) qui normalement désactive le cortisol. Le cortisol s’accumule alors et stimule les récepteurs minéralocorticoïdes, provoquant une rétention d’eau et de sodium. La pression artérielle monte, le potassium sanguin chute.

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Ce mécanisme, appelé pseudohyperaldostéronisme, ne nécessite pas des doses massives. Selon la Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle (frhta.org), il faut au moins quinze jours de consommation régulière pour observer un effet tensionnel, avec une sensibilité très variable selon l’âge et le terrain individuel. Les personnes de plus de cinquante ans y sont plus exposées.

De son côté, l’alcool augmente la tension artérielle par un tout autre chemin : activation du système nerveux sympathique, rigidification des parois artérielles, perturbation du rythme cardiaque. La Fondation de recherche cardiovasculaire rappelle que même une consommation dite modérée élève la pression artérielle.

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Avec le Ricard, ces deux voies se superposent. La rétention sodée causée par la glycyrrhizine amplifie l’effet hypertenseur de l’éthanol. Les données disponibles ne permettent pas de quantifier précisément cette complémentarité, mais le raisonnement pharmacologique est limpide : deux mécanismes pro-hypertenseurs additionnés dans un même produit aggravent le risque global.

Tensiomètre numérique au poignet posé à côté d'un verre de pastis vide sur un comptoir de cuisine, illustrant les risques du Ricard sur la tension artérielle

Seuils de tension artérielle : les recommandations ESC 2024 changent la donne

Les recommandations 2024 de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) ont redéfini les catégories de pression artérielle. Une pression est considérée comme « non élevée » en dessous de 120/70 mmHg. Entre 120/70 et 140/90 mmHg, elle est classée « élevée ». L’hypertension artérielle avérée commence à 140/90 mmHg.

Sous traitement, l’ESC recommande désormais une pression systolique idéale entre 120 et 129 mmHg, et une diastolique entre 70 et 79 mmHg, si le patient le tolère. Ces cibles sont plus strictes que les seuils précédents.

Ce durcissement a une conséquence directe pour les consommateurs réguliers de pastis. Un sujet à 130/80 mmHg en consultation, autrefois jugé « normal haut », se retrouve aujourd’hui dans une zone où tout facteur augmentant la tension devient cliniquement significatif. L’effet combiné de l’alcool et de la glycyrrhizine du Ricard peut suffire à franchir le seuil d’hypertension avérée chez ces profils limites.

Risque cardiaque du Ricard : fibrillation auriculaire et insuffisance du muscle

L’alcool ne se contente pas d’élever la tension. Il exerce une toxicité directe sur le muscle cardiaque et le système de conduction électrique du cœur.

  • La fibrillation auriculaire, un trouble du rythme cardiaque fréquent, est favorisée par la consommation régulière d’alcool. Ce lien est documenté par la Fondation de recherche cardiovasculaire, qui note un risque multiplié même à des niveaux de consommation courants.
  • L’alcool endommage progressivement le myocarde (le muscle du cœur), ce qui peut mener à une insuffisance cardiaque, une pathologie où le cœur ne pompe plus assez de sang pour les besoins de l’organisme.
  • L’hypokaliémie (baisse du potassium) causée par la glycyrrhizine aggrave le terrain arythmique : un cœur appauvri en potassium est un cœur plus instable électriquement, plus vulnérable aux troubles du rythme.

La combinaison d’un myocarde fragilisé par l’éthanol et d’un déficit potassique lié à la réglisse crée un terrain propice aux accidents cardiaques aigus. Les retours terrain divergent sur le niveau de consommation nécessaire pour déclencher ces troubles, car la sensibilité individuelle à la glycyrrhizine varie considérablement.

Pastis et hypertension : pourquoi les mises en garde actuelles sont insuffisantes

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a documenté des cas d’intoxication grave à la réglisse nécessitant des soins d’urgence en France, et soupçonne l’existence de nombreux cas moins sévères qui échappent aux signalements. Le constat de l’Anses est net : les mises en garde inscrites sur les emballages des produits contenant de la réglisse sont insuffisantes.

Ces mises en garde ciblent principalement les personnes souffrant d’hypertension artérielle ou prenant des diurétiques. L’analyse des cas graves montre que l’excès de réglisse provoque des symptômes chez des personnes sans hypertension préexistante. Cela signifie que le profil à risque dépasse largement la population habituellement mise en garde.

Le Ricard concentre un problème supplémentaire rarement pointé : l’hétérogénéité des teneurs en glycyrrhizine selon les lots et la difficulté pour le consommateur d’évaluer sa dose réelle. Contrairement à un bonbon à la réglisse dont on peut compter les unités, un pastis se dose au verre, souvent à l’estime, et la quantité de glycyrrhizine ingérée reste opaque.

Femme âgée de 60 ans dans une salle d'attente médicale tenant une brochure sur les risques cardiaques de l'alcool et du Ricard

Consommation régulière de Ricard : le profil à risque réel

Le consommateur type exposé au double risque cardiaque et tensionnel du Ricard n’est pas nécessairement un buveur excessif. Il s’agit souvent d’une personne de plus de cinquante ans, consommant un à deux verres quotidiens en apéritif, dont la tension oscille déjà autour de 130/80 mmHg.

Chez ce profil, la rétention hydrosodée liée à la glycyrrhizine s’installe en quelques semaines. L’alcool maintient la tension à un niveau élevé en parallèle. Le potassium baisse progressivement, augmentant le risque d’arythmie. Les symptômes (fatigue, maux de tête, palpitations) sont souvent attribués au stress ou au vieillissement, retardant le diagnostic.

Le seul moyen fiable d’évaluer l’impact individuel reste la mesure régulière de la tension artérielle et un ionogramme sanguin (dosage du potassium). Pour les personnes déjà traitées pour hypertension, la consommation régulière de pastis peut compromettre l’efficacité du traitement en ajoutant un facteur hypertenseur que le médicament n’est pas calibré pour compenser.

Arrêter la consommation de réglisse normalise généralement la tension et le potassium, comme le confirme la Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle. Le caractère réversible du pseudohyperaldostéronisme est une bonne nouvelle, à condition que le problème soit identifié avant qu’un accident cardiovasculaire ne survienne.

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