La grippe saisonnière progresse dans plusieurs régions de Belgique

La grippe saisonnière en Belgique suit depuis quelques saisons un schéma modifié. Les données de surveillance compilées par Sciensano et l’ECDC montrent une progression du virus grippal dans plusieurs régions du pays, avec des dynamiques qui diffèrent selon les provinces et les tranches d’âge.

Glissement du pic grippal : ce que les données européennes révèlent pour la Belgique

L’un des constats les plus marquants des dernières saisons concerne le calendrier de la grippe. L’ECDC rapporte que, pour la saison 2025, les cas de grippe dans l’UE ont augmenté trois à quatre semaines plus tôt que lors des deux saisons précédentes. Ce décalage temporel, observé à l’échelle européenne, affecte directement la Belgique.

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Ce glissement vers le début de l’hiver complique la planification des campagnes de vaccination. Un pic survenant fin décembre au lieu de fin janvier réduit la fenêtre utile entre l’injection du vaccin et l’exposition au virus. Les médecins généralistes se retrouvent à vacciner alors que la circulation virale a déjà débuté.

Les retours terrain divergent sur l’ampleur réelle de ce décalage d’une région à l’autre. En Flandre, la surveillance semble capter le signal plus tôt, en partie grâce à un réseau de déclaration dense. En Wallonie et à Bruxelles, les données disponibles ne permettent pas toujours de conclure avec la même précision sur le timing exact du démarrage épidémique.

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Pharmacien belge remettant un médicament contre la grippe à un client dans une pharmacie en hiver

Grippe saisonnière 2024-2025 en Belgique : le bilan de Sciensano

La saison 2024-2025 a été marquée par une intensité notable. Selon les données publiées par le portail Belgique en bonne santé, le nombre de nouveaux cas de syndrome grippal a atteint son niveau le plus élevé en dix ans. Le pic a été enregistré fin janvier 2025.

La répartition par âge apporte un éclairage utile. Les consultations pour syndrome grippal étaient les plus élevées chez les jeunes enfants. Les hospitalisations pour infections respiratoires aiguës sévères ont suivi un schéma comparable à la saison précédente, avec une nuance : les taux d’hospitalisation étaient plus hauts chez les enfants, mais les formes graves touchaient davantage les adultes âgés.

Cette dissociation entre volume de cas et sévérité clinique pose une question de priorisation. Faut-il orienter les ressources vers les tranches d’âge les plus touchées en nombre, ou vers celles qui présentent le risque de complications le plus élevé ? La réponse varie selon les régions et les capacités hospitalières locales.

Vaccins grippaux renforcés pour les seniors : la stratégie belge pour l’automne 2026-2027

La campagne d’automne 2026-2027 introduit un changement logistique et médical significatif, en particulier en Flandre. Le Département Zorg a structuré la campagne en distinguant clairement deux catégories de vaccins :

  • Les vaccins grippaux standards, destinés à la population générale éligible à la vaccination
  • Les vaccins à dose élevée ou avec adjuvant, réservés aux personnes de 65 ans et plus, avec une organisation de commande via Vaccinnet et un calendrier précis d’administration
  • Une liste spécifique d’institutions habilitées à administrer ces vaccins renforcés, ce qui limite les points de dispensation mais vise une meilleure traçabilité

Cette différenciation n’est pas anodine. Les vaccins à dose élevée visent à compenser la réponse immunitaire plus faible des personnes âgées. La question reste ouverte quant à l’adoption effective de cette stratégie en Wallonie et à Bruxelles, où les circuits logistiques diffèrent.

Homme malade se mouchant dans une rue pavée belge sous un ciel hivernal gris pendant l'épidémie de grippe

Co-administration grippe et COVID-19 : une recommandation belge encore sous-exploitée

Les recommandations belges les plus récentes préconisent l’administration simultanée du vaccin antigrippal et du vaccin COVID-19 lors de la campagne d’automne. Sur le papier, cette co-administration simplifie le parcours vaccinal : une seule visite chez le médecin, deux injections.

En pratique, plusieurs freins persistent. La fatigue vaccinale post-pandémie reste palpable. Une partie de la population associe encore le vaccin COVID-19 à un contexte d’urgence sanitaire révolu, ce qui réduit l’adhésion à une injection combinée perçue comme non prioritaire.

Le CBIP (Centre belge d’information pharmacothérapeutique) a relayé cette recommandation, tout comme l’avis du Conseil supérieur de la santé concernant la vaccination des femmes enceintes contre la grippe, quel que soit le stade de la grossesse. Ce dernier point reste méconnu du grand public et insuffisamment relayé par les consultations prénatales.

Surmortalité en Belgique : un signal à ne pas ignorer

Un élément de contexte éclaire la gravité potentielle de la circulation grippale. Selon les données EuroMOMO, la Belgique a enregistré le taux de surmortalité le plus élevé d’Europe en juin. Ce chiffre, qui ne concerne pas exclusivement la grippe, signale une fragilité du système de santé face aux pics infectieux successifs.

La grippe saisonnière s’inscrit dans un tableau plus large d’infections respiratoires (VRS, COVID-19, autres virus) qui sollicitent simultanément les capacités hospitalières. La surveillance syndromique de Sciensano couvre d’ailleurs l’ensemble de ces pathogènes, ce qui permet de croiser les courbes épidémiques.

Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur la part exacte de la grippe dans cette surmortalité. En revanche, elles soulignent que toute vague grippale intense survenant dans un système déjà sous tension amplifie les conséquences sanitaires bien au-delà du seul décompte des cas de syndrome grippal.

Couverture vaccinale et limites des données régionales

La Belgique reste confrontée à un problème structurel : les taux de couverture vaccinale contre la grippe varient sensiblement entre communautés linguistiques, et les méthodes de collecte ne sont pas toujours comparables. La Flandre, via Vaccinnet, dispose d’un outil centralisé. La Fédération Wallonie-Bruxelles s’appuie sur des circuits différents, ce qui complique les comparaisons directes.

Cette hétérogénéité rend difficile l’évaluation précise de l’impact des campagnes de vaccination sur la progression de la grippe dans chaque région. Un outil de surveillance unifié à l’échelle nationale manque encore à la Belgique pour piloter finement sa réponse aux épidémies saisonnières.

La saison 2026-2027, avec ses vaccins renforcés et sa recommandation de co-administration, constitue un test grandeur nature. Les résultats dépendront autant de la logistique vaccinale que de la date effective du prochain pic grippal, un paramètre que personne ne maîtrise.

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