L’intégration de la télémédecine dans les pratiques paramédicales

La télémédecine paramédicale ne se résume plus à la téléconsultation vidéo improvisée pendant la crise sanitaire. Depuis 2023, des actes de télésoin disposent de cotations dédiées dans la nomenclature, alignées sur les tarifs du présentiel. Cette structuration change la donne pour les professionnels paramédicaux libéraux, mais toutes les professions ne sont pas logées à la même enseigne.

Télésoin paramédical : quelles professions disposent d’actes cotés

Profession Actes de télésoin cotés Éligibilité Ségur numérique 2026
Infirmiers Oui (ex. TMI, téléexpertise infirmière) Oui
Infirmiers en pratique avancée Oui Oui
Masseurs-kinésithérapeutes Oui Oui
Orthophonistes Oui Oui
Orthoptistes Oui Oui
Sages-femmes Oui Oui
Pédicures-podologues Oui Oui
Ergothérapeutes Non Non
Psychomotriciens Non Non

Le tableau fait apparaître un clivage net. Sept professions paramédicales libérales bénéficient à la fois de lettres-clés pour le télésoin et du financement Ségur pour la mise à jour de leurs logiciels de cabinet. Ergothérapeutes et psychomotriciens restent exclus des deux dispositifs, ce qui crée une intégration à deux vitesses dans le champ paramédical.

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L’arrêté du 15 juillet 2026 confirme cette disparité en ciblant explicitement les sept professions éligibles au financement des logiciels conformes aux exigences de télésanté.

Financement Ségur numérique : ce que couvre le dispositif pour les paramédicaux

Kinésithérapeute utilisant une tablette numérique pour un suivi patient à distance en salle de rééducation

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Le programme Ségur numérique paramédicaux finance la mise à jour des logiciels de cabinet pour les rendre compatibles avec les standards de télésanté. Trois exigences techniques conditionnent l’éligibilité du logiciel.

  • Interopérabilité des données de santé : le logiciel doit pouvoir échanger des informations structurées avec les autres acteurs du parcours de soins, y compris les médecins traitants et les plateformes hospitalières.
  • Messagerie sécurisée intégrée : les échanges entre professionnels de santé transitent par un canal chiffré, conforme aux référentiels nationaux.
  • Traçabilité des actes de télésoin : chaque session doit être documentée dans le dossier patient, avec horodatage et identification du professionnel.

Ce financement cible les logiciels, pas le matériel. Un kinésithérapeute libéral qui souhaite s’équiper d’une caméra haute définition ou de capteurs de mouvement pour guider un patient à domicile ne trouvera pas de prise en charge dans ce volet.

Limites concrètes pour les cabinets libéraux

La conformité logicielle ne suffit pas à rendre le télésoin opérationnel. Le débit internet du cabinet, la qualité de la connexion du patient à domicile, la formation à l’outil restent à la charge du professionnel. Dans les zones rurales où la couverture réseau est inégale, le télésoin paramédical bute sur l’infrastructure avant même la question du logiciel.

Télésurveillance médicale à domicile : le rôle des paramédicaux dans le suivi des patients chroniques

La télésurveillance médicale a été généralisée et inscrite dans le droit commun du remboursement par l’assurance maladie. Pour les patients atteints de maladies chroniques (insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance respiratoire, insuffisance rénale), le suivi à domicile repose sur des dispositifs numériques qui transmettent les données aux équipes soignantes.

Les infirmiers occupent une place centrale dans ce dispositif. Ils assurent l’accompagnement thérapeutique du patient, vérifient la bonne utilisation des objets connectés et alertent le médecin en cas de déviation des paramètres. Ce rôle de vigie ne se limite pas à la technique : il implique une relation de confiance construite lors des visites à domicile.

Orthophoniste en séance de télérééducation depuis son bureau à domicile avec logiciel de télémédecine ouvert

Quatre pathologies couvertes par la télésurveillance remboursée

Le périmètre de la télésurveillance remboursée cible des pathologies dont le suivi régulier réduit les hospitalisations. L’insuffisance cardiaque, le diabète, l’insuffisance respiratoire et l’insuffisance rénale sont les quatre indications retenues. Pour chacune, un opérateur de télésurveillance fournit la solution technique et assure le traitement des alertes en lien avec l’équipe soignante.

En revanche, d’autres pathologies chroniques qui pourraient bénéficier d’un suivi similaire (troubles musculo-squelettiques suivis par des kinésithérapeutes, troubles du langage suivis par des orthophonistes) ne disposent pas encore de cadre de remboursement pour la télésurveillance.

Téléconsultation et pratiques paramédicales : ce qui distingue le télésoin de la télémédecine

La confusion entre télémédecine et télésoin persiste. La télémédecine désigne strictement les actes médicaux réalisés à distance par un médecin : téléconsultation, téléexpertise, télésurveillance, téléassistance médicale et régulation. Le télésoin, lui, couvre les actes réalisés à distance par des professionnels de santé non médecins, dont les paramédicaux.

Cette distinction a des conséquences pratiques. Un orthophoniste qui réalise une séance de rééducation en visioconférence effectue un acte de télésoin, pas de télémédecine. La base juridique, les cotations et les responsabilités diffèrent.

Pour les patients, la frontière reste floue. Ils consultent un professionnel de santé à distance, peu importe la catégorie réglementaire. Pour les professionnels, la distinction conditionne la facturation, les obligations de traçabilité et le cadre de responsabilité en cas de litige.

Téléexpertise entre professionnels de santé

La téléexpertise ne concerne plus seulement les médecins entre eux. Les infirmiers peuvent désormais solliciter ou fournir une expertise à distance auprès de confrères, dans un cadre coté. Ce mécanisme facilite la coordination des soins dans les territoires où la densité de professionnels spécialisés est faible.

Le télésoin paramédical coté représente un levier concret contre les déserts médicaux, à condition que l’ensemble des professions y accèdent. L’exclusion des ergothérapeutes et des psychomotriciens du dispositif Ségur numérique 2026 laisse un angle mort dans la prise en charge à distance des patients en réadaptation ou en développement psychomoteur. Tant que cette asymétrie persiste, la promesse d’un parcours de soins numériques complet reste partielle.

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