La sclérose en plaques impacte la mobilité chez les seniors

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune du système nerveux central qui provoque des lésions de la gaine de myéline entourant les fibres nerveuses. Chez les seniors, ces atteintes cumulées au fil des décennies se superposent aux effets du vieillissement sur les muscles, l’équilibre et la coordination. La mobilité devient alors un enjeu central, et l’accès concret aux aides techniques ne suit pas toujours la réalité des besoins.

Approche gériatrique de la SEP : au-delà du suivi neurologique

Les concurrents abordent la SEP sous l’angle du diagnostic ou du vécu émotionnel. Ils passent à côté d’un virage récent dans la prise en charge des patients âgés.

Lire également : La mononucléose touche de plus en plus d'adolescents

Une revue publiée en 2026 dans l’International Journal of MS Care recommande d’évaluer systématiquement, chez les seniors vivant avec une SEP, un ensemble de facteurs qui dépassent la neurologie pure : comorbidités, fragilité, cognition, nutrition, urologie, vision et audition. Cette approche gériatrique multidisciplinaire reconnaît que la perte de mobilité chez un patient SEP de 65 ans n’est presque jamais causée par la seule démyélinisation.

Un trouble de l’équilibre peut résulter autant d’une neuropathie liée au diabète que d’une poussée ancienne. Une faiblesse musculaire s’aggrave si la nutrition est insuffisante ou si une dépression limite l’activité physique. Traiter la mobilité sans évaluer ces cofacteurs revient à ignorer la moitié du problème.

A découvrir également : Le diabète de type 2 gagne du terrain chez les jeunes adultes

Cette évolution change aussi le parcours de soins. Le neurologue reste le pivot, mais l’ergothérapeute, le gériatre, l’urologue et le kinésithérapeute interviennent de façon coordonnée. Pour un senior atteint de SEP, cela signifie davantage de rendez-vous, dans des structures parfois éloignées.

Barrières de transport et rupture du suivi de rééducation

Les barrières de transport sont désormais identifiées comme un frein concret à la continuité des soins chez les personnes âgées vivant avec une SEP. L’impact est direct : des rendez-vous manqués, des séances de rééducation espacées, et à terme une dégradation de la mobilité fonctionnelle qui aurait pu être freinée.

Homme âgé marchant avec une béquille dans un couloir hospitalier, illustrant les difficultés de mobilité liées à la sclérose en plaques

Un patient qui ne peut pas se rendre régulièrement chez son kinésithérapeute perd le bénéfice des exercices d’équilibre et de renforcement musculaire. La spasticité, symptôme fréquent de la SEP, s’aggrave sans prise en charge régulière. Les muscles se raidissent, la marche se détériore, et le recours à un fauteuil roulant arrive plus tôt qu’il ne le devrait.

Le problème touche particulièrement les seniors en zone rurale ou périurbaine, où l’offre de transport adapté reste limitée. Même en ville, coordonner un véhicule sanitaire léger avec des horaires de consultation multidisciplinaire relève du parcours d’obstacles administratif.

Fauteuils roulants et SEP : prescription, remboursement et blocages d’accès

La réforme de la prise en charge des fauteuils roulants a modifié les conditions de remboursement en France. Sur le papier, l’amélioration est réelle : des bases de remboursement revues, une meilleure couverture pour certains modèles de fauteuil roulant électrique. En pratique, de nouveaux blocages apparaissent.

Prescription et formation des prescripteurs

Un fauteuil roulant adapté à un patient SEP ne se prescrit pas comme un modèle standard. La maladie évolue par poussées, avec des phases de rémission partielle. Le fauteuil doit répondre aux besoins actuels tout en anticipant une possible progression du handicap.

La carte des prescripteurs formés à cette évaluation spécifique est désormais consultable en ligne, ce qui constitue un progrès. Reste que la densité de prescripteurs qualifiés varie fortement selon les régions, créant des inégalités d’accès géographiques.

Disponibilité réelle des aides à la mobilité

Entre la prescription et la livraison du fauteuil, plusieurs semaines, voire mois, peuvent s’écouler. Les patients SEP seniors font face à des délais liés à :

  • L’évaluation initiale par un prescripteur formé, qui nécessite parfois un déplacement vers un centre spécialisé éloigné du domicile
  • La validation du dossier de remboursement, avec des pièces complémentaires demandées par l’Assurance maladie qui allongent les délais
  • La disponibilité du modèle prescrit chez le fournisseur, en particulier pour les fauteuils électriques configurés sur mesure

Pendant ce temps d’attente, la mobilité du patient continue de se dégrader. Une canne ou un déambulateur peut servir de solution transitoire, mais ces appareils ne conviennent pas toujours à un senior dont la fatigue liée à la SEP limite la marche à quelques dizaines de mètres.

Femme âgée utilisant une canne pour se déplacer dans un jardin, représentant l'impact de la sclérose en plaques sur la mobilité des seniors

Aides à la marche et SEP progressive : adapter l’équipement à chaque stade

La majorité des personnes vivant avec une SEP depuis plusieurs décennies passent d’une forme récurrente-rémittente à une forme progressive. Cette transition modifie profondément les besoins en aides à la mobilité.

Au stade initial de la gêne à la marche, une canne simple suffit souvent. Quand l’équilibre se détériore, un rollator (déambulateur à roues) offre un appui plus stable. Le passage au fauteuil roulant manuel intervient lorsque la fatigue ou la faiblesse musculaire rend la marche sur de longues distances impossible.

Le fauteuil électrique devient pertinent quand la force dans les membres supérieurs diminue à son tour, ce qui arrive chez certains patients SEP âgés dont la maladie atteint aussi les nerfs cervicaux. Chaque transition nécessite une réévaluation par un ergothérapeute et une nouvelle prescription.

Ce qui manque souvent dans ce parcours, c’est l’anticipation. Les patients et leurs proches découvrent les options au moment de la crise, quand la mobilité a déjà chuté. Une évaluation préventive régulière évite les ruptures brutales d’autonomie.

  • Bilan annuel d’ergothérapie pour mesurer l’évolution de la force musculaire et de l’équilibre
  • Essai anticipé d’aides techniques avant que le besoin ne devienne urgent, afin de faciliter l’adaptation
  • Coordination avec le neurologue pour intégrer la prescription d’aides à la mobilité dans le plan de traitement global

La prise en charge de la mobilité chez un senior vivant avec une SEP ne se résume pas à choisir entre canne et fauteuil. C’est un enchaînement de décisions médicales, administratives et logistiques où chaque maillon peut ralentir l’ensemble. Les réformes récentes améliorent le cadre de remboursement, mais les délais de prescription, la répartition inégale des prescripteurs formés et les barrières de transport restent des obstacles concrets qui pèsent sur l’autonomie au quotidien.

Ne ratez rien de l'actu